Les amis sont formidables

 
Stages de clown – Silvia Rossini

Le clown n’est pas un personnage qui se fabrique, c’est un être innocent et sincère qui est en chacun de nous…

12 et 13 janvier 2019
9 et 10 mars 2019
22 et 23 juin 2019

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Angle mort – Julien Tesgui

Le témoignage d’un clown sur sa condition tragique, en réponse à des questions qu’il a toujours voulu se poser.

« C’est important la confiance, c’est ce qui fait qu’on marche sur ses deux pieds ou qu’on roule sur ses quatre roues. Tenez pour vérifier que je peux bien prendre une rue à droite, je contrôle mes rétroviseurs, jusque là ça va, mais pour l’angle mort je ne me contente pas d’un petit regard furtif, je me tourne à 180°… »

Ecrit et interprété par Julien Tesgui
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Problèmes automobiles

L’homme. – Voilà, j’ai un problème avec ma voiture, il y a un bruit quand j’accélère.
Le garagiste. – Quel genre de bruit ?
H. – Un bruit un peu… cloc cloc cloc, vous voyez ?
G. – Cloc cloc cloc ?
H. – Oui enfin disons c’est entre clac clac clac et cloc cloc cloc.
G. – Quand vous accélérez ?
H. – Oui. Cloc cloc cloc. Surtout en troisième.
G. – Ah bon ? Uniquement en troisième ?
H. – En seconde aussi, ça le fait, mais un peu moins. En seconde ça fait clac… clac… C’est pas la même fréquence.
La femme. – Il faut aussi expliquer le bruit quand tu tournes, chéri.
G. – Ca fait du bruit quand vous tournez ?
H. – C’est-à-dire, c’est un autre bruit. Quand je tourne ça fait un bruit métallique.
F. – En plus du clac-clac. Quand il est en seconde. Ca fait zing-zing en même temps.
G. – En même temps que quoi ?
F. – En même temps que clac clac. A mon avis c’est le cardan.
G. – Et quand vous êtes en troisième ça le fait aussi ?
H. – Oui, mais moins.
F. – C’est parce qu’en troisième il tourne moins. C’est logique.
G. – Qu’est-ce qui est logique ?
F. – En troisième il va plus vite, donc il tourne moins.
H. – En fait c’est surtout parce que le cloc cloc cloc est plus fort. Du coup on entend moins le zing-zing.
F. – Chéri je t’assure que du côté passager ça fait zing zing même en troisième. Parce qu’à mon avis, monsieur, c’est le cardan de droite.
H. – Ecoute, chérie, n’embrouillons pas monsieur. Peut-être que ça n’a rien à voir avec le cardan.
G. – En principe un cardan ça ne fait jamais zing zing.
H. – Tu vois, chérie, monsieur dit que ça ne peut pas être le cardan.
F. – Vous dites ça parce que je suis une femme !? Allez viens chéri on s’en va !

 

Grégoire Maréchal

Modestes conseils à l’attention du génie qui sommeille en vous

J’aurais pu commencer cet article en remerciant, pompeusement, et humblement cela va sans dire, la rédaction de ce magazine, bien entendu éclectique, de m’offrir une tribune auprès de ses lectrices et lecteurs, illustrissimes ou à tout le moins brillants. Car après tout, qui suis-je pour donner des conseils d’écriture, alors que je n’ai moi-même qu’une modeste expérience.

Seulement voilà : il est venu un temps dans ma vie d’écrivain où j’ai décidé d’arrêter de m’excuser.

Je suis toujours frappé, dans les ateliers ou autres rencontres, à quel point les autrices et auteurs se confondent en explications et justifications pour masquer – soit par honte de ne « pas faire assez bien », soit par fausse modestie – une chose toute simple : leur désir d’écrire.

Vous avez envie d’écrire ? Alors assumez cette envie. Sinon, passez à autre chose, la vie est courte.

Ecrire comme Victor Hugo, c’est très facile.

Souvent l’apprenti écrivain se trouve face à l’angoisse de la page blanche. Pourquoi ? La plupart du temps, par peur de ne pas faire assez bien. De ne pas être suffisamment « bon ». D’écrire des choses peu intéressantes, pas réellement littéraires, pas au niveau de Victor Hugo.

Alors, permettez-moi de vous rassurer : écrire comme Victor Hugo, c’est très facile. Il suffit pour cela de vous rendre dans la libraire la plus proche (de grâce, ne commandez pas dans l’amère zone), d’acheter au hasard un ouvrage de Victor Hugo, si possible un que vous ne connaissez pas, de rentrer chez vous, bien tailler votre crayon, ouvrir le livre, et recopier les pages une à une. Et ainsi, vous écrirez, au plus près, comme Victor Hugo.

Pourquoi dire cela ? Parce que vouloir écrire comme Victor Hugo, George Sand ou William Shakespeare, c’est une fausse piste. La seule façon dont vous pouvez écrire, c’est la vôtre. Attention : vous pouvez bien entendu vous inspirer des grands maîtres ; mais rendez à César ce qui appartient à César ! Vous ne serez jamais Empereur de Rome, ou alors dans un film, et dans ce cas, c’est que vous souhaitez devenir actrice ou acteur : comme je disais plus haut, passez à autre chose, la vie est courte. Ou alors, assumez votre envie d’écrire, vous, à votre façon. Voulez-vous devenir autrice, auteur, ou pas ? Si oui, certains vous critiqueront pour cela. Autant vous y préparer.

Pour écrire, il faut apprendre à jouer du piano

Maintenant que vous savez que vous n’écrirez jamais comme Victor Hugo, la question reste entière : comment apprendre à écrire ? Eh bien, permettez-moi de me répéter. C’est très facile. Pour apprendre à écrire, il suffit de savoir jouer du piano.

Diantre ! Voilà qui peut paraître surprenant. Et surtout, quel handicap pour celles et ceux qui n’ont pas appris à jouer du piano.

Mais au fait, comment fait-on pour apprendre à jouer du piano ? Est-ce qu’on s’assoit devant l’instrument, en tant que débutant motivé, avec moult papier à musique vierge, essayant dès le premier instant de composer comme Mozart, et de jouer comme Rubinstein ? C’est une possibilité.

Cependant, la plupart des virtuoses vous expliqueront qu’ils ont commencé par des choses simples, une main à la fois, puis les deux ensemble, lentement, avec l’aide du métronome pour suivre le rythme. Et puis, petit à petit, en travaillant tous les jours, ils ont abordé des morceaux un peu plus élaborés, un peu plus difficiles. Encore et encore. Chaque jour. Avec le sentiment très fréquent de ne pas progresser. Sans parler de toutes les œuvres qu’on entend interprétées avec une telle facilité par d’autres, et qui se révèlent totalement injouables. Malgré tout, ils ont persévéré. Dix ans. Vingt ans parfois. Et puis les paliers se sont franchis. Comme ça. Un beau jour. Tiens, j’y arrive ! Tiens, je commence à jouer bien. Dire qu’il m’a fallu quinze ans pour ça…

Voilà ce qui vous attend, jeune autrice, jeune auteur. Dix ans d’efforts quotidiens. Dix ans au cours desquels vous aurez commencé par écrire de petites choses, courtes, modestes, sans grand intérêt, et dont la musicalité se sera limitée à l’aride régularité du métronome. Toutefois, au bout d’un an, vous aurez peut-être écrit votre première nouvelle. Petite. Mais qui sonnera bien. Et puis encore un an d’essais très imparfaits, de gammes, d’arpèges littéraires. Avec leur lot de fautes et de lourdeurs. D’erreur de rythme. Un an de poubelles pleines de papier ! Car, l’avantage, en musique, c’est que les fausses notes s’envolent. Tandis que les écrits restent.

Rassurez-vous, le papier se recycle très bien. Et surtout, si vous regardez attentivement vos textes, vous verrez qu’ils ont commencé à prendre quelques couleurs, ou plutôt, ne soyons pas trop impatients, quelques reflets… Courage. Il ne vous restera plus que huit ans d’efforts. Le plus important, sans que vous en ayez eu conscience sur le coup, c’est que vous aurez appris deux choses, au cours de ces deux premières années : la persévérance. Et le fait que les progrès se font par palier. A une seule condition : faire ses gammes tous les jours.

Comment trouver mon style ?

Honnêtement : je ne sais pas. Je vous avais prévenu, en titre : ce ne sont que de modestes conseils. Votre style, c’est vous. Comment voulez-vous que je sache comment vous allez le trouver ?

Evidemment, je pourrais vous dire comment j’ai trouvé mon style (si tant est que je l’aie trouvé). Mais ce serait vous inciter à aller dans une impasse : copier le style de quelqu’un d’autre. Car, en effet, si je ne sais pas trop quoi conseiller pour développer son style, en revanche, je peux vous indiquer quelques écueils à éviter :

1. Coller au style d’un d’autre. En particulier d’un grand écrivain. Vous pouvez, en vous entrainant beaucoup, parvenir à écrire du pseudo ceci, ou du simili cela. Si cela peut vous contenter, tant mieux. A mon humble avis, le résultat n’aura, d’une part, pas grand intérêt, et surtout, risque de vous empêcher de développer votre style.

2. Etudier la théorie et l’histoire de la littérature. Je précise que je n’ai rien contre les savants, et je ne dis pas que la connaissance est inutile, bien au contraire. J’affirme simplement que, à mon avis, en matière de style, plus on connait la théorie, plus on essaie de l’appliquer lorsqu’on écrit. Par conséquent, dès la première phrase, l’auteur se place dans un questionnement, suis-je dans tel ou tel genre, suis-je en train de me placer du point de vue du narrateur classique, etc. Tout ça dès la première phrase !

3. Croire qu’on va « trouver » son style. Non. On peut trouver un stylo, pas un style. Ce n’est pas un objet. Et toutes les études de la « sémiotique post-saussurienne » à coup de « discours non-littéral » et autres « mécanismes d’inférence » n’ont heureusement pas répondu à la question : le style reste (relativement) indéfinissable, en perpétuelle métamorphose, car à mon avis le style est une démarche, un mouvement. C’est pour ça que vous ne pourrez pas le trouver : il bouge tout le temps. Donc, ne cherchez pas à l’attraper, à l’enfermer. Au contraire, laissez-le libre. Ainsi il pourra se développer.

Et les autres ?

Il y a plusieurs catégories d’autres, parfois réunis dans la même personne physique. Comment s’y retrouver ?

L’autre, lecteur : chéri lorsqu’il vous complimente, honni lorsqu’il vous juge. Tout dépend si vous écrivez pour plaire à l’autre. De toutes façons, vous ne plairez pas à tout le monde. Et vous plairez à des gens qui ne vous plaisent pas. Certains vous diront que ça leur plait, parce qu’ils n’oseront pas dire ce qu’ils pensent. Ceux qui vous jugeront n’auront peut-être rien compris. Mais peut-être que ceux à qui vous plairez n’auront, eux non plus, rien compris. Car c’est ça, le problème, avec les autres : c’est qu’ils sont « autre ».

L’autre, auteur : chéri lorsque vous l’admirez, honni lorsque vous le détestez. Certains vous emmènent, vous transportent, vous inspirent. Tant mieux. Profitez-en. D’autres vous insupportent. Oui, mais pourquoi ? Il y a sans doute beaucoup à apprendre chez les auteurs qu’on n’aime pas. Pourquoi ne les aimez-vous pas ? Pourquoi d’autres lecteurs les aiment ? (NB : Je ne parle pas de lire des auteurs médiocres, ce qui n’apporte pas grand-chose ; en revanche se confronter à des écritures reconnues qui vous dérangent).

L’autre, écrivain : collègue chéri lorsqu’il souffre comme vous dans un atelier d’écriture, honni lorsqu’il y arrive mieux que vous. Qui est-il, celui qui, comme vous, essaie d’écrire, écrit peut-être déjà ? Pourquoi a-t-il tant de facilité ? Pourquoi a-t-il un style si original ? Pourquoi a-t-il été sélectionné et pas vous ? Pourquoi le monde est-il injuste ? Eh bien, demandez-lui. Comment fait-il ? Il a peut-être des conseils à vous donner. Ecoutez-le consciencieusement. Et puis, discrètement, jetez un œil sur sa poubelle : est-elle pleine ?

Epilogue

En guise de conclusion, vous l’aurez sans doute remarqué, je me suis permis un sous-titre qui fait référence à la narration. Pourquoi ? Parce que j’aime écrire des histoires. Cela fait, très certainement, partie de mon style. Une histoire. Avec des personnages. Un début, un milieu, une fin. Tout simplement. Dans mon histoire, il y a eu vous, il y a eu moi, il y a eu les autres. Nous avons même la chance d’avoir reçu la participation de Victor Hugo ! Maintenant, c’est à vous. A vous d’écrire. D’écrire votre histoire. Ou autre chose. Il était une fois une feuille. Une feuille si belle et si claire qu’on l’appelait Blanche-Page. Un beau jour, elle rencontra un stylo à l’encre noire comme de l’ébène. Ils se marièrent et… ils se mirent au travail !

Grégoire Maréchal

Publié dans la revue « Question de plume » en novembre 2018 – www.la-plume-en-question.fr

Comment écrire une chanson en 6 lignes

1. Choisir un thème sur lequel on veut écrire une chanson

2. Lister des mots (noms, verbes, adjectifs) en rapport avec ce thème, synonymes, mots voisins, etc.

3. Trouver des mots qui riment avec les mots listés ci-dessus.
Exemple : Bonheur / Chaleur / Coiffeur…

4. Choisir une personne ou un personnage, ou même un animal

5. Lister des mots (noms, verbes, adjectifs) en rapport avec cette personne/personnage/animal

6. Trouver des mots qui riment avec la liste du 5.

7. Ecrire, avec les mots listés, une courte phrase qui met le personnage en relation avec le thème.
Exemple : Personnage = Monsieur Albert
Thème = Chocolat
Phrase = Monsieur Albert aimait énormément le chocolat.

8. A l’aide des rimes que vous aviez trouvées, écrire une deuxième phrase qui s’enchaine avec la première, et qui rime.
Exemple : Mais monsieur Albert détestait les chats.
Ce qui donne :
Monsieur Albert aimait énormément le chocolat.
Mais monsieur Albert détestait les chats.

9. Toujours avec les mots listés ci-dessus, écrire une phrase qui commence par « Jusqu’au jour où…. » et qui fait suite aux deux premières phrases.
Exemple : Jusqu’au jour où Madame Albert adopta un minou dans un refuge.

10. A l’aide des rimes que vous aviez trouvées, écrire une phrase qui s’enchaine, et qui rime.
Au début Monsieur Albert crut à un subterfuge.

Ce qui donne :
Monsieur Albert aimait énormément le chocolat.
Mais monsieur Albert détestait les chats.
Jusqu’au jour où Madame Albert adopta un minou dans un refuge.
Au début Monsieur Albert crut à un subterfuge.

11. Toujours avec les mots des listes, écrire une phrase commençant par « heureusement » ou « malheureusement », et qui rappelle le thème principal.
Exemple : Heureusement le matou avait la couleur du chocolat.

12. Avec les mots des listes, écrire une phrase qui rime avec la précédente, et qui termine l’histoire.

Ce qui donne :
Monsieur Albert aimait énormément le chocolat.
Mais monsieur Albert détestait les chats.
Jusqu’au jour où Madame Albert adopta un minou dans un refuge.
Au début Monsieur Albert crut à un subterfuge.
Heureusement le matou avait la couleur du chocolat.
Alors monsieur Albert le fit cuire et le mangea.

Grégoire Maréchal

Scénario de court-métrage : Choukran

Synopsis

Béatrice, la quarantaine épanouie, suit son musicien de mari, Charles, pour une série de concerts en Afrique. Mais un problème d’avion retarde le départ, et contraint le couple à passer la nuit à l’hôtel de l’aéroport. Une occasion romantique, pour Béatrice, bien que Charles soit plutôt de mauvaise humeur à cause de ce contretemps.

C’est alors qu’un drôle d’intrus apparaît sur le balcon…

1er prix des Lectures Croisées Séquences 7 – 2007
Sélectionné au festival d’Orléans

>> Lire le texte intégral

Annonces casting

Pr tournée promo marque « Gitanes » ch. actrice très voyante ayant expérience rôle Irma; Vous aimez les situations cartes sur table. Venez nous parler d’avenir !
(NB : s’abstenir si le cristal vous fout les boules.)

Pour adaptation « Les Misérables » en spectacle itinérant dans Paris, rémun. à la recette et pourboire, ch. actrice typée Europe de l’Est, accent roumain bienvenu.
Se présenter, « Bureau des Animations en Rame », RATP.

Pour représentation quotidienne, rémun. à la pièce « Qu’est-ce ? Hier !  » ch. actrice. Synopsys : Il est en bout de courses; il veut « emballer la marchandise » ; elle est prête à tout pour le faire payer…
Se présenter, Recrutement « Qu’est-ce ? Hier ! » , au premier Carrefour du coin.

Le producteur K. Nibal ayant aimé « Le missionnaire » ch. actrice appétissante, prête à se mettre en quatre pour s’adapter au découpage d’une scène où elle sera traitée aux petits oignons. Ne pas craindre de se griller.
Se présenter au restaurant « Entre, oh ! Pofage !  » et aller directement à la marmite pour se jeter à l’eau.

Pour théâtre d’appartement rémun. à la part. ch. actrice bonne pâte à l’aise dans les 4 saisons, n’ayant pas peur d’être mise en boîte ; Prête à vous livrer et à y mettre du piquant ?
Se présenter, Livr’ Express Pizza, demander Regina.

Pour remake de « La Course à l’échalotte » ch. actrice frisée, de préf. romaine, avec « de la feuille », capable de poireauter en rangs d’oignons et de raconter des salades. Vous avez le goût de l’étalage ?
Présentez-vous, casting « L’es-tu ? », show en prime heure, marché au légumes.

Ni « col bleu » ni « col blanc » ? Faîtes la formation Col Gris ! Offre formation gratuite pour actrice physique « belle plante ». Suivez le tronc commun avant de choisir votre branche. Vous avez déjà appris Racine, vous gardez les pieds sur terre, et vous n’aimez pas qu’on vous coupe ? Elargissez votre champ et venez vous mettre au vert.
Formation « A Gris Col » Maison de France-Cultures. (Vous avez du pot !)

Le producteur Vincent Reuze recrute pour le 10e film de Quentin Hénichon « 10 en chiffres romains – Le Malin plait, Sire » actrice touchante, sachant tenir ses positions, photogénique, pour être prise sous tous les angles par chef-opérateur avec bel appareil. Débutante acceptée si beaucoup d’ouverture.
Se présenter : Productions V. Reuze. Film  » X – Le mâle, un plaisir  » de Q. Hénichon. Rue du Quai. 69103 Metz-les-Moix

Vous vous mettriez à genoux pour passer à la TV sur les écrans du monde entier ? Prête à perdre la tête et à vous torturer pour réussir ? Si pour vous la qualité d’exécution est capitale, contactez-nous :
Bureau du 3e otage – Milice des Fous d’Allah – Bagdad

Ch crème des actrices, très « chou », expér. religieuse appréciée. Prête à avaler plusieurs Paris-Brest en un éclair pour leur mettre dans le baba ?
Pr recevoir votre contrat de mille feuilles écrire « Profite-Rôle » Patisserie Le Pensec – Morlaix.

Pr adaptation « Les Mots » par réalisateur autrichien Herr O. Kraut : ch actrice pour interpréter héroïne « Elle fait le trottoir, et veut sortir de la m… ». Réalisez vos plus grandes aspirations. Prévoyons tourner à moto dans Paris, expér. souhaitée.
Candidature « Les Mots » Otto Kraut – réf. 100 C, Bauzet-Tron.
Ne postuler que si vous « sentez » le rôle.

Andreï Chich ch. actrice pour rôle d’allumée : Bien roulée, avec vous c’est jamais du chiqué. Prête à vous laisser aspirer dans une histoire fumante où tout finit en cendres ? Au moment où vous vous sentirez prisée, vous sortirez votre dernière cartouche… Les candidatures seront passées au filtre : blonde ou brune exclusivement. Mettez le paquet : Vous allez faire un tabac !
Ecrire projet « Les Cyclopes » de A. Chich.

Pour interpréter rôle Directrice des Relations Humaines qui n’accepte pas que les femmes fassent la queue. Si vous voulez jouer « Les sains effets salaires », présentez vous aux productions « Le Sec – Chope ».
PS : Face à un public touchant, on vous demandera beaucoup de doigté.

Vous avez la pêche, vous êtes bonne pomme, vous savez couper la poire en deux, mais votre devise : « Pas de quartiers ! » Nous cherchons la nana capable de devenir « Coco ». Venez à n’importe quelle datte avec votre CV pour qu’on l’épeluche. Si le gars à l’entrée (celui avec la banane) ramène sa fraise et que vous rencontrez un pépin, faîtes-lui la peau.

Pour biographie de Mambert, adaptation des 3 tomes des « Mentales », ch. acteurs et actrices. Vous n’êtes pas des bleus ; l’idée d’avoir des trous dans les « Mentales » vous rend chèvre.
Envoyer CV au « Cas Mambert », quai de la Rapée.
NB : Tournage dans le Cantal.

Remake américain d’Angèle : « On lui dit qu’elle est fêlée, du coup elle se sent un peu cloche. Pourtant quand elle raisonne, c’est du bronze. Elle ne se frappe pas face aux querelles de clocher. »
Se présenter : Projet Angèle US, Beffroi.
(Sonner à toute heure).

L’hôtel Depass ayant racheté la maison « Klauz » cherche femme de chambre ayant l’amour du métier.
Se présenter à l’ouverture.

Pour remake de « Le bonheur est dans le pré », cherchons interprète de « Marguerite ». De préf. origine normande ; vous savez prendre le taureau par les cornes pour faire un effet boeuf. Quand il faut tout faire d’une traite, vous dîtes : Tant pis ! Il faudrait pas que elle les tourne !
Se présenter : Halle aux bestiaux, Salon de l’Agriculture.
(Projet assez meuh-meuh).

Producteurs américains Ree et Labu ch. actrice pour rôle de « Jean » (pron. ‘djine’). Vous voulez le… l’avoir ? Vous n’avez pas peur de vous mouiller ? Vous adorez vous faire rincer ? Quand vous êtes lessivée, vous préférez vous étendre ? Vous avez déjà tourné avec du « beau linge » ?
Si vous pensez qu’Ariel est homo, présentez-vous à « Labu and Ree productions ».
PS : S’il n’y a personne en salle, ne vous froissez pas, repassez ! (ou alors demandez « machine »)

Marre des rôles dévolus aux hommes ? Prête pour un projet de givrées ? Ch. actrice physique Blanche-Neige, se mettant facilement en boule et n’ayant pas froid aux yeux, aimant les histoires à glacer le sang. Devenez « bonne-femme de neige » !
Pr un premier entretien afin de briser la glace, appeler Ali Glou ou Alice Berg.
PS : Fondues s’abstenir.

La recette des recettes

Pour concocter une bonne recette, il vous faut les éléments suivants :

– Des mots du langage courant ; des noms, pour les ingrédients ; des articles, des adjectifs… et aussi des verbes, évidemment.
– Du papier ;
– Un crayon ;
– Et un peu d’imagination.

Ecrivez tout d’abord les noms d’ingrédients, comme ça, en vrac. Puis classez-les dans l’ordre le plus logique. Evitez l’ordre alphabétique, trop arbitraire (sauf si c’est pour une recette de dictionnaire, évidemment).

Rédigez ensuite des phrases, en mélangeant les noms d’ingrédients avec les verbes, jusqu’à obtenir quelque chose de compréhensible. Si certaines phrases sont trop longues, coupez-les en deux au milieu, à l’aide de votre ponctuation préférée.

Saupoudrez d’adjectifs. (Qualificatifs, évidemment).

Vérifiez que votre texte explique bien la marche à suivre ; ou les marches à suivre, si c’est pour une recette d’escalier.

Pour ce qui est du temps, prenez simplement le présent, même s’il est imparfait. Cependant, pour quelque chose de plus officiel, l’infinitif est impératif. L’effet n’en sera que plus que parfait.

N’oubliez pas de rajouter une petite illustration, une photo par exemple, qui présente le résultat souhaité (sauf si c’est pour une recette d’invisibilité, évidemment).

Et enfin le titre. Enfin, je dis enfin, mais mettez-le au début… Bien entendu !

Voilà, ma recette est terminée. Il ne me reste plus qu’à goûter.

(L’auteur goûte son papier. Grimace).

Evidemment…

Grégoire Maréchal

L’ Archipel des notes

Cette série de 10 histoires raconte les aventures d’un petit garçon qui s’envole chaque nuit, aidé par le piano de la maison familiale, vers le pays où vivent les notes de musique…


8. Mademoiselle Clarinette et les frères Saxo
Le soir suivant, un gros orage éclata. Impressionné par les éclairs et le grondement du tonnerre, je descendis tout tremblant voir le piano. Celui-ci me dit :“ Ne t’en fais pas, nous sommes en sécurité dans la maison.

– Tout de même, dis-je en frissonnant, ça fait peur.

– Allons, je vais te faire passer dans l’Archipel des Notes, ainsi tu n’auras plus peur. ”

Le piano réfléchit un long moment, et demanda :

“ Sais-tu faire les avions en papier ?

– Oui. Enfin pas toujours. Mais des fois j’y arrive.

– Alors voilà, expliqua le piano. Tu prends une feuille de papier à musique, et tu fais un avion avec. Tu lances l’avion en l’air, et lorsqu’il vole, tu sautes dedans, et tu dis au pilote : « Cap sur l’Archipel des Notes ! » ”

Très enthousiaste, je pris du papier à musique dans le tiroir du bureau, puis m’appliquai à faire un avion. Je le lançai, mais il retomba par terre avant que je n’ai pu sauter. Je recommençai plusieurs fois. Malheureusement l’avion ne planait pas assez longtemps. Et, de toutes façons, il était trop petit pour que je puisse monter dedans. Je m’adressai au piano :

“ Mon avion ne vole pas assez bien ! A peine l’ai-je lancé qu’il redescend déjà. Je n’ai pas le temps de sauter ! Et d’abord, je ne vois pas comment un avion en papier pourrait voler jusqu’à l’Archipel des Notes ! ”

Le piano me considéra, plein d’indulgence :

“ Premièrement, si tu n’y crois pas, cela n’a aucune chance de marcher ! Et surtout, dis-toi qu’il ne s’agit pas d’un avion en papier ordinaire ! Car n’oublie pas que le papier à musique possède des qualités particulières. Enfin, peut-être que ton premier avion n’est pas bien équilibré. A ta place, j’essaierai d’en fabriquer un autre. Il volera peut-être mieux. ”

Fort de ces encouragements, je me remis à l’ouvrage, tâchant d’obtenir un pliage parfaitement régulier. Je lançai doucement mon nouvel avion, qui se mit à planer en tournoyant légèrement dans la pièce.

“ Vite, souffla le piano, vas-y ! ”

Je sautai très haut, et parvins à m’accrocher à une aile. Je me trouvai immédiatement en plein ciel, dans le tumulte de l’orage, et reconnus le La aux commandes de l’appareil qui filait au milieu des nuages. Celui-ci cria :

“ Et bien, Thomas, tu veux rester accroché à mon aile pendant tout le voyage ? Tu devrais plutôt t’installer à l’intérieur ! ”

Je réussis à me hisser dans l’avion, et j’ordonnai :

“ Commandant, cap sur l’Archipel des Notes ! ”

 

Nous arrivâmes bientôt en vue de l’Archipel, et nous nous posâmes sur une île admirablement fleurie que je ne connaissais pas encore. Le La me dit :

“ Ici, nous sommes sur l’île des Bois. C’est ici qu’habitent les clarinettes, les flûtes, les hautbois, et de nombreux autres. En plus, nous avons de la chance : c’est le jour de visite de Monsieur Métronome.

– Mais que vient-il faire sur l’île des Bois ? demandai-je.

– Il vient voir si les instruments jouent régulièrement ensemble, si personne n’a de problème. ”

A quelques pas de là, j’aperçus deux saxophones qui semblaient se chamailler. Je m’étonnai :

“ Que se passe-t-il, là-bas ?

– Tiens, les frères Saxo !

– Les frères Saxo ? Qui sont-ils ?

– Ce sont deux frères saxophones. Ils jouent dans le même orchestre. Sympathiques, quoiqu’un peu bruyants. Mais aujourd’hui, ils n’ont pas l’air d’accord. ”

En effet, à mesure que nous approchions, je percevais mieux la dispute :

“ Alto, espèce de sale menteur ! dit le plus grand saxophone.

– Va donc, Ténor ! Tu es jaloux parce qu’elle m’a promis ! ”

Comme ils menaçaient de se battre, le La me dit :

“ Nous devons prévenir Monsieur Métronome ! Il n’y a que lui qui puisse mettre un terme à cette querelle ! ”

 

Lorsque nous revînmes accompagnés de Monsieur Métronome, les frères Saxo avaient entamé un pugilat. Nous les séparâmes, et Monsieur Métronome questionna :

“ Tic ! Mais qu’est-ce qui vous prend ? ”

Le saxophone Alto répondit :

“ C’est mon frère Ténor ! Il ne veut pas croire que Mademoiselle Clarinette a promis de m’épouser !

– Pas du tout, gronda le Ténor, c’est moi qu’elle a choisi ! ”

Et il recommencèrent à se menacer. Monsieur Métronome éleva la voix :

“ Tac ! Ca suffit, les frères Saxo ! Tic ! Qu’est-ce que c’est que ces sornettes ? Tac ! Si mademoiselle Clarinette avait décidé d’épouser l’un d’entre vous, je pense qu’elle m’en aurait avisé ! ”

Tandis que le métronome et les frères Saxo poursuivaient leur discussion, je me tournai vers le La :

“ Comment peuvent-ils épouser tous les deux la même clarinette ?

– Oh, ils ne peuvent pas, c’est ça le drame ! Car, dans l’orchestre dont ils font partie, il n’y a qu’une seule clarinette ! Et cela fait des années que chacun des frères rêve de l’épouser. Mais la clarinette les aime bien tous les deux, et ne sait lequel prendre pour mari ! ”

Etant parvenu à calmer les saxophones, Monsieur Métronome les interrogeait :

“ Tic ! Alors, toi, Alto, quand as-tu rencontré Mademoiselle Clarinette ? Tac ! Et que t’a-t-elle promis ? ”

Alto rougit légèrement :

“ C’était hier soir, à la tombée de la nuit, au bord de la plage. Elle m’a dit qu’elle avait réfléchi, qu’elle avait décidé de choisir entre nous deux ; et qu’elle était prête à m’épouser si je lui apportais en cadeau de mariage un… ”

Le saxophone s’interrompit brusquement :

“ Mais elle m’a fait jurer de ne pas le dire ! ”

Intrigué, je dis au La :

“ Qu’est-ce qu’une clarinette peut bien demander en cadeau de mariage à un saxophone ?

– Je n’en ai pas la moindre idée ”, chuchota le La.

Monsieur Métronome continuait son enquête :

“ Tic ! Et toi, Ténor ? Tac ! Que t’a-t-elle dit ?

– Ce matin, à la fin de la répétition, elle m’a dit qu’elle consentirait à m’épouser si je lui donnais un… ”

Le saxophone s’excusa lui aussi :

“ Désolé, c’est un secret entre elle et moi ! ”

Monsieur Métronome hocha gravement son balancier :

“ Tic ! Tac ! ”

J’étais terriblement désireux de connaître le cadeau que la clarinette avait pu réclamer aux deux frères Saxo, mais le métronome déclara :

“ Tic ! Nous devons régler ce différend ! Tac ! Voici ce que je propose ! Tic ! Nous allons donner rendez-vous à Mademoiselle Clarinette près du puits ! Tac ! Chacun des saxophones viendra la trouver, et la priera de confirmer sa promesse ! Tic ! Quant à nous, nous nous cacherons pour observer la scène ! Tac ! Et nous verrons ce qui se passera ! ”

On envoya une petite flûte qui jouait non loin dire à Mademoiselle Clarinette qu’un des frères Saxo l’attendait près du puits. Pendant ce temps, nous nous cachâmes dans un buisson juste à côté de l’endroit convenu. Bientôt, la clarinette approcha. Monsieur Métronome fit signe à Alto d’aller l’aborder :

“ Bonjour, ma belle clarinette ! dit-il d’un ton ému. Tu es très en beauté aujourd’hui ! Que je suis content de te voir !  Et quand je pense que nous allons nous marier…

– Notre mariage, Alto ? Oui, mais tu connais la condition ! Et tant que tu ne m’auras pas apporté ce que je t’ai… Mais voici quelqu’un qui vient ! Va-t-en ! Je ne veux pas que l’on nous voie ensemble ! ”

C’était Ténor, que Monsieur Métronome venait d’envoyer à la rencontre de la clarinette. Ténor la salua chaleureusement :

“ Ma clarinette chérie ! Quelle bonne surprise ! Mais que fais-tu ici ? ”

La clarinette se troubla :

“ Je me promenais, tout simplement. ”

Toujours caché dans le buisson, Monsieur Métronome remarqua :

“ Tic ! Mademoiselle Clarinette se comporte d’une curieuse manière ! Tac ! Voyons ce qu’elle va dire à notre ami Ténor ! ”

Le saxophone poursuivait la conversation :

“ Oh, je suis si heureux de savoir que nous serons bientôt mariés ! ”

La clarinette lui jeta un regard plein de malice :

“ Oui, Ténor, mais souviens-toi : J’attends que tu m’offres ce que tu m’as promis ! Et surtout, n’en dis rien à personne ! ”

Plus j’entendais parler de ce cadeau secret, et plus je brûlais d’envie de savoir de quel mystérieux objet il s’agissait. Cependant, Monsieur Métronome s’impatienta :

“ Tic ! C’est un peu fort ! Tac ! Jamais je n’aurais cru Mademoiselle Clarinette capable de se promettre en mariage aux deux saxophones en même temps ! Tic ! Il faut que j’en aie le coeur net ! Tac ! ”

Et, de son pas oscillant, il s’avança à la rencontre de la clarinette :

“ Tic ! Bonjour, Mademoiselle Clarinette ! Tac ! Beau temps pour la saison !

– Bonjour, Monsieur Métronome ! ” répondit la clarinette, visiblement gênée d’être surprise en compagnie de l’un des frères Saxo.

“ Tic ! Comment allez-vous ? Tac ! Encore en train d’écouter les bluettes de vos amoureux ? ”

La clarinette toussota, embarrassée :

“ Ca fait tellement plaisir d’entendre des instruments de la famille des cuivres ! ”

Monsieur Métronome la regarda, interloqué :

“ Tic ! Des instruments de la famille des cuivres ?

– Je voulais parler des saxophones, expliqua la clarinette.

– Tac ! Petite ignorante ! Tic ! Ne savez-vous pas que les saxophones font partie de la famille des bois, comme vous ? Tac ! ”

Monsieur Métronome s’approcha davantage de la clarinette, et s’exclama :

“ Tic ! Mais vous n’êtes pas en bois ! Tac ! Vous êtes en plastique ! ”

Surgissant du buisson, le La ceintura la fausse clarinette :

“ Nom d’un dièze ! Mais c’est la fausse note ! Déguisée en clarinette ! ”

La fausse note se débattit, et se libéra de l’emprise du La. En s’enfuyant, elle leur cria :

“ Voilà qui est bien fait ! J’ai réussi à semer la zizanie entre les frères Saxo ! Et la véritable mademoiselle Clarinette, quand elle apprendra ça ! Ah ! Ah ! Ah ! ”

Les frères Saxo se sentaient vexés et honteux de s’être fait piéger par la fausse note. Monsieur Métronome les réprimanda :

“ Tic ! Bande d’inconscients ! Tac ! Vous n’aviez même pas remarqué que la fausse note s’était déguisée en clarinette avec du plastique ! Tic ! Et vous étiez sur le point de vous battre entre frères ! Tac ! Pour du plastique ! ”

D’un air dégoûté, il tourna les talons, et s’éloigna de sa démarche cadencée :

“ Tic ! Tac ! ”

Le La s’inquiéta :

“ Il faut aller voir Mademoiselle Clarinette ! J’espère que la fausse note ne lui a pas fait de mal ! ”

Courant chez Mademoiselle Clarinette, nous la découvrîmes attachée et baillonnée. Nous la libérâmes sur le champ, et elle s’exclama :

“ Ah, chers amis, mes sauveurs, vous êtes là ! Cette fausse note m’a traitreusement attrapée ! Mais que vous est-il arrivé ? ”

Les frères Saxo n’osaient pas raconter qu’ils s’étaient fait berner par la fausse note. Ce fut donc le La qui résuma les péripéties. La clarinette entra dans une fureur noire :

“ Quoi ! M’avoir confondu avec un instrument en plastique ! Vous n’aviez même pas remarqué la différence ! Mon Dieu ! Et cette histoire de cadeau de mariage ! Comme si on pouvait acheter mon consentement ! Oh, je vous hais ! ”

Elle était tellement énervée qu’elle nous jeta tous dehors et claqua violemment la porte. Et je l’entendis éclater en sanglots. Les frères Saxo, tout penauds, ne savaient pas quoi faire. Heureusement, le La les rassura :

“ Ne vous alarmez pas, elle est un peu bouleversée, et puis n’oublions pas qu’elle est restée ligotée pendant tout le temps où la fausse note avait pris sa place ! Mais vous serez bientôt redevenus les meilleurs amis du monde ! ”

 

… En me réveillant le lendemain, je ne me souvenais plus de mes rêves de la nuit. Mais en me levant, je remarquai un petit avion en papier au pied de mon lit. L’aventure me revint en mémoire, et je me posai soudain la question :

“ Mais qu’est-ce qu’une clarinette peut bien demander en cadeau de mariage à un saxophone ? ”

Il faudrait que je demande au piano le soir-même.
 

Grégoire Maréchal

(texte intégral sur demande)

Les Cahiers de l’invisible

Dans un temps futur, la catastrophe écologique a répandu la famine. Les « Adorateurs », ayant mis au point une méthode agricole révolutionnaire, ont convaincu les électeurs de les porter au pouvoir. Ont-ils des facultés supra-naturelles ? Ou bien ne sont-ils que des escrocs ?

En parallèle, sur une planète lointaine, un jeune officier en mission découvre l’enregistrement d’un témoignage étrange : L’individu qui s’exprime dans cette vidéo ancienne fait référence à des événements sur une planète inconnue, la « Tezrre »…


Chapitre I

à partir de quoi…

…avançaient sur le large boulevard, marchant lentement et silencieusement, arborant de grandes banderolles blanches avec pour tout slogan : « Chassez les affameurs », écrit en rouge. La colonne de manifestants, peut-être plusieurs milliers d’hommes et de femmes, tous vêtus d’une toge rouge vif un peu informe, envahissait complètement la chaussée, progressant d’une allure grave en direction du Ministère. Face à eux, formant un barrage d’uniformes, de boucliers et de casques d’un luisant gris sombre, se tenait un imposant cordon de Milipol en tenue anti-émeutes. Ils n’étaient plus qu’à quelques dizaines de mètres les uns des autres. De rares badauds, épatés, attendaient, dans une exci-tation contenue, le choc de ces deux armées.

Un sergent Milipol, debout près du véhicule blindé garé en retrait sur le bord du boulevard, saisit son talkie-walkie.
– Ils continuent à approcher, mon commandant, lança-t-il nerveusement.
– Vous ne bougez pas, grésilla une voix dans l’appareil. Vous tenez la position.
– Et qu’est-ce qu’on fait si…
– Vous tenez la position, hurla la voix, vu ? Il n’est pas question que les manifestants progressent davantage vers le Ministère. De toutes façons, sergent, ils vont faire comme d’habitude : s’arrêter à un mètre ou deux, et vous fixer dans les yeux. C’est leur tactique de guerre psychologique.
– A vos ordres, mon commandant, répondit le sergent d’une voix peu assurée.
– Dites, sergent, reprit la voix nasillarde dans l’appareil, qu’est-ce que vous avez comme journalistes sur le coup ?
– Pour l’instant, pas trop de monde, mon commandant. Quelques photographes, et une seule équipe de télé.
– Bon, fit la voix. Dites, s’il y a du grabuge, vous faîtes comme d’habitude, hein ? Parce qu’en ce moment, avec les élections, j’aime mieux vous dire que le Ministre…
– A vos ordres, mon commandant.

Le cortège de manifestants continuait sa progression d’un pas sourd et solennel. Mais l’allure ralentissait à mesure que les deux fronts s’approchaient. Dans les rangs Milipol, certains hommes tremblaient de nervosité en voyant se préciser la masse humaine drapée de cette couleur sanguine. Bientôt, ils ne furent plus qu’à trois mètres. Puis deux. Puis un mètre. Alors, brusquement, comme si un ordre muet avait été jeté, les manifestants stoppèrent. Les Milipol, visages pétrifiés, tâchaient de trouver une contenance face aux milliers de regards scrutateurs et glacés de ce monstre en arrêt.

Au loin, quelques échos de sirènes traduisaient les mouvements des véhicules Milipol autour du quartier. Maigre soutien sonore. Sur ce boulevard d’habitude si passant, ordinairement agité du bruit de la circulation et de l’affairement quotidien au pied des gratte-ciel de verre argenté, le silence de la cohorte semblait plus terrifiant encore.

Pourtant, petit à petit, les Milipol, constatant que les manifestants se tenaient parfaitement calmes, se décontractaient légèrement. Le sergent, toujours en arrière du barrage de ses troupes, se demandait combien de temps ce tête à tête grotesque allait durer.

Soudain, le talkie-walkie grésilla férocement.
– Des renforts ! hurla une voix. Mon commandant !
– Unité deux, interrogea la voix du commandant, que se passe-t-il ?
– Sur l’avenue de la Démocratie, répondit la voix très agitée. Ils sont au moins cinq mille. Il en sort de toutes les petites rues. Ils vont nous tomber dessus dans trois minutes !
– Du calme, reprit la voix du commandant. Unité un, où en êtes-vous ?
Le sergent approcha le combiné de son visage.
– Ils ne bougent pas, mon commandant, répondit-il. Ils se tiennent comme des statues, et nous regardent droit dans les yeux.
– Des renforts, bordel ! cria de nouveau la voix de l’unité deux.
– Combien avez-vous de manifestants ? demanda le commandant.
– Beaucoup trop ! rétorqua le deux. Envoyez-nous du monde, sinon je ne pourrais pas les contenir.
– Mon commandant ! appela le sergent. Unité Un au rapport. Je ne sais pas ce qui se passe, d’un seul coup, il n’y a presque plus personne. Il ne reste que quelques centaines de manifestants à tout casser. On dirait qu’ils se sont évaporés !
– Evaporés ! beugla le commandant. Vous vous foutez de moi ! Ils ont foncé sur l’avenue de la Démocratie, et vous n’avez rien vu ! Vous aurez de mes nouvelles, sergent !
– Non, mon commandant, insista le sergent, je vous assure, ils étaient là quand l’unité deux a appelé. Ils se sont volatilisés d’un seul coup !
– La ferme, sergent ! coupa le commandant. Vous et vos hommes, foncez ! Vous faîtes le tour du Ministère et vous venez renforcer l’Unité deux en bas de Démocratie. Au pas de charge !
– A vos ordres, mon…zap !

…ne les laissez pas progresser davantage, ordonna la voix du commandant dans le combiné noir.
– Il y en a partout, mon commandant, s’inquiéta le sergent.
La compagnie de Milipol avait pris position en bas de l’avenue, et barrait l’accès au Ministère. En face, sur toute la longueur de l’immense quatre-voies qui descendait en pente douce au milieu des immeubles-miroir du centre-ville, une marée rouge, foule muette et déterminée, s’avançait visqueusement comme une coulée de lave, s’apprêtant à ensevelir les fébriles fourmis des bataillons de l’ordre sous son inexorable élan.
– Si on ne fait rien, mon commandant, s’enquit le sergent dans le talkie-walkie, on va se faire écraser. Ils sont partout !
– Il faut les arrêter, trancha la voix du commandant.
– Mais comment ? murmura le sergent, incrédule.
– Préparez-vous à charger, sergent, ordonna la voix.
– Charger, mon…
– Préparez-vous, sergent, dicta le commandant d’un ton sec. Vous leur rentrez dedans, juste un petit coup, pour les faire réfléchir.
– Si vous croyez que c’est facile, mon comm…
– Je vous demande pas votre avis, sergent ! trancha la voix. Vous m’arrêtez ces rigolos, c’est tout ! Compris ?
– A vos ordres, mon commandant.

Le sergent fit signe à ses hommes de se préparer. La ligne des manifestants se trouvait désormais à une cinquantaine de mètres, glis-sant toujours d’un pas tranquille et assuré. Quelques badauds se trouvaient encore sur les bords de l’avenue. Le sergent envoya l’un de ses Milipol pour les faire déguerpir avant l’assaut.
– Circulez ! jeta le Milipol aux passants stationnés sur le trottoir. Ca risque de devenir méchant !
– Non mais oh ! protesta l’un des spectateurs, un grand maigre un peu voûté. Ca va pas, les flics ! Pour une fois qu’y en a qu’osent dire…
– Circulez ! insista le Milipol, en agrippant l’homme par la manche.
– Affameur ! rétorqua l’homme. Vous, les flics, vous z’en foutez, vous avez à bouffer ! Et puis lâchez-moi, d’abord. Affameur !
– Oui, lâchez-le, dit la femme qui se tenait à côté. On en a super-marre, nous ! On veut bouffer ! Affameur !

La charge des Milipol mit fin à la discussion. Les rangées d’hommes déferlèrent en courant devant le groupe de badauds, bouclier en avant et matraque levée, et allèrent se heurter aux premières lignes des mani-festants. Immédiatement derrière les Milipol se pressaient les plus intrépides des photographes et des caméramen, dans la gêne des sacs portés en bandoulière qui dansaient autour de leur taille au rythme de leur foulée. La mêlée était confuse, capharnaüm de robes rouges et d’uniformes gris sombre. Les deux badauds, libérés de leur garde-chiourme qui avait rejoint la charge, admiraient de loin ce divertissement inespéré.
– Qu’est-ce qu’ils leur mettent ! jubila la femme. Crevez-les, ces affameurs ! encouragea-t-elle.
– Ben ça ! s’exclama l’homme, voyant un Milipol tourbillonner en l’air.
Le Milipol, comme projeté par une catapulte à plus de cinq mètres de hauteur, décrivit plusieurs tours et vint s’écraser d’un son mat sur le goudron, à quelques pas des curieux. La tête du Milipol n’était plus que sang. Le couple s’approcha, constata que le malheureux voltigeur était mort. Aussitôt, comme attirés par l’odeur fade, des photographes et un cameraman se bousculaient autour du cadavre, se réjouissant à l’avance de la qualité des clichés.

Cependant, une nouvelle vague de Milipol chargeait. La bataille devenait terrible, mais aucun camp ne semblait prendre l’avantage. Le couple, serré l’un contre l’autre, observait, hébété, ce spectacle assassin qui ne les amusait plus. Devant eux, deux Milipol revenaient sur l’arrière, tenant prisonnier un manifestant en robe rouge. Le caméraman, délaissant le cadavre encore frais, se jeta devant eux et commença d’enregistrer la scène. Le manifestant s’adressa à la caméra qui le filmait :
– Nous sommes partout ! cria-t-il. Bientôt les affameurs seront chassés ! Nous sommes partout ! Et depuis toujours !
– Ta gueule, connard ! jura le Milipol. Et toi, arrête ta caméra ! ordonna-t-il au journaliste.
Le Milipol fit signe à ses collègues de venir prêter main forte. Deux grands costauds en uniforme fondirent alors sur le journaliste, et lui arrachèrent sa caméra. Les coups pleuvaient sur la tête du reporter, tandis que l’un des Milipol détruisait à grands coups de matraque le superbe matériel de télévision. La caméra était en pièces.
– Vous n’avez pas le droit, hurla le journaliste dans un cri d’impuissance.
– Ta gueule, connard ! cria le Milipol d’un ton autoritaire, ponctuant son discours d’un poing musclé dans la mâchoire du protestataire.
Saoûlé de coups, le reporter vint s’écrouler au pied du couple, dans les débris de sa caméra.
– Et vous, circulez, on vous a dit ! grinça le Milipol. CIR-CU-LEZ ! C’est clair, non ?
– Allez, viens, dit l’homme en serrant la femme sous son bras. C’est pas ça qui va nous donner à manger…
Ils s’éloignèrent à travers les petites rues, abasourdis par les violences auxquelles ils venaient d’assister. Sur l’avenue, le journaliste, encore groggy, avait péniblement réussi à se remettre sur les genoux, et tentait de rassembler les restes de sa caméra, au milieu des vagues de Milipol qui s’élançaient par charges successives à l’assaut des…zap !

Grégoire Maréchal

(texte intégral disponible sur demande)

Dimanche

J’ai toujours détesté le dimanche, ce moment de vide intégral, où le temps est suspendu entre deux semaines. Au début, bien sûr, le dimanche était un jour sans école. Et, si j’ai eu la chance d’échapper à la messe grâce à des parents pas très catholiques, c’étaient d’autres corvées que le jour du seigneur apportait. J’aime mieux vous dire qu’en allant toutes les semaines déjeuner chez la tante Jeanne, j’avais hâte d’être lundi.

Plus tard, le dimanche est devenu l’ennui. Non pas qu’on allait fleurir la tombe de la tante Jeanne. A la limite, ça aurait pu nous faire prendre l’air. Non. On restait là, à se reposer. Comme la tante Jeanne, somme toute. Alors, très vite, quand j’ai pu faire ce que je voulais, je me suis acharné à occuper mes dimanches. Mais c’est très difficile. En France, tout le monde déjeune, le dimanche. Chacun sa tante Jeanne !

Voyant qu’il n’y avait rien à espérer auprès de mes amis, j’ai résolu de me lancer dans ce qu’on appelle des activités. Le cinéma, les musées… Mais finalement, passer son dimanche à aller voir Catherine Deneuve ou la Joconde, ça revenait un peu au même que la tante Jeanne. En couleurs.

Non. Il fallait quelque chose de plus excitant. C’est en rencontrant Paulo que tout a changé. Paulo, il faut dire, ses parents ne devaient pas être très catholiques non plus, car sa spécialité, c’était les cambriolages. Eh oui ! Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt : rien de plus facile que de visiter les pavillons le dimanche, quand ils sont tous à déjeuner chez leur tante ! Et je dois dire que pendant un temps, le dimanche, c’est vraiment devenu un jour du feu de Dieu.

Le problème, c’est qu’il y a quand même certains flics qui n’ont pas beaucoup d’affection pour leur tante. Et ceux-là, ils bossent le dimanche. C’en est un comme ça qui nous a coffré. Et maintenant, on est tous les deux en taule.

Le plus marrant, ou le plus triste, comme vous voulez, c’est qu’un gardien m’a dit, le jour où je suis entré :
 » T’en fais pas, tu verras, ici, c’est tous les jours dimanche !  »

Grégoire Maréchal